Un architecte et sa ville, découvrez les villes d’un seul homme

En 2050, selon un rapport de l’ONU sur l’urbanisation, 66 % de la population mondiale vivra en ville. Près de 55 % aujourd’hui ! Mégalopole la plus occupée de la planète, avec 38 millions d’habitants à l’heure actuelle, Tokyo devrait rester en première position au moins jusqu’en 2030.Devant les cinq autres cités les plus peuplées du monde : Shanghai avec 23 millions d’habitants, Mexico, Bombay et Sao Paolo, chacune avec 21 millions d’habitants, et Osaka à un peu plus de 20 millions de personnes.

Ces chiffres qui laissent rêveurs et un tantinet perplexes sont autant de pierres dans le jardin des réflexions des architectes et urbanistes, prolixes à imaginer le futur et à tirer des plans audacieux sur la comète. Les idées les plus folles de ces architectes voisinent avec des réinterprétations plus sages, justifiées par un discours de nécessaire sobriété énergétique et combat contre la pollution. L’architecte bulgare Tsvetan Toshkov, inventeur du concept de City in the Sky, propose de bâtir des oasis de calme et de tranquillité au-dessus de la ville stressante et polluée de New York. Le projet Hyperions du Belge Vincent Callebaut livre une ville verticale, composée de 6 tours-arbres de 36 étages, avec possibilité de production de fruits et de légumes bio sur des parcelles cultivables. La cité souterraine est elle aussi dans les cartons. Et une ville sous-marine annoncée aux horizons de 2030 au Japon… Il fut aussi un temps où les architectes avaient carte blanche pour édifier des cités entières à leur façon.

Dans la région, Charlotte Perriand s’est consacré cœur et âme à la station de ski des Arcs. Dans le sud de la France, Jean Balladur reste comme le créateur contesté, mais admiré de La Grande Motte. À la fin de sa carrière, Charles-Édouard Jeanneret-Gris – plus connu sous le pseudonyme de Le Corbusier – s’est illustré en Inde. Et le célèbre Oscar Niemeyer a posé les fondations de Brasilia. Les exemples sont nombreux et divers, la sélection d’egolarevue.

Chandigarh

Le Corbusier

En 1950, quand les émissaires du Premier ministre indien Nehru débarquent à l’agence parisienne de Le Corbusier avec cette commande improbable d’une ville nouvelle pour un pays neuf, à 6 000 kilomètres de chez lui, l’architecte les éconduit. Le budget est dérisoire. Mais, à 63 ans passés, Corbu a-t-il le choix ? De 1951 à sa mort, en 1965, il va édifier Chandigarh, conçue pour 15 000 habitants à l’origine et où vivent 9 millions de personnes désormais. Renonçant à la verticalité, il imagine une ville horizontale noyée dans une végétation généreuse. Aujourd’hui encore, Chandigarh n’a rien d’une ville indienne comme les autres : de grandes avenues rectilignes y favorisent une circulation fluide,et la monochromie du béton gris lui confère une homogénéité architecturale atypique dans ce pays. L’an dernier la cité a ajouté son nom à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, pour son complexe du Capitole.

Les Arcs

Charlotte Perriand

Aux Arcs 1600 et 1800, stations de ski aujourd’hui labellisées pour la qualité de leur architecture, Charlotte Perriand a certainement réalisé sa plus grande œuvre. Cette opération complexe d’urbanisme imaginée sur un site vierge au-dessous de Bourg-Saint-Maurice a mobilisé vingt ans de sa vie, entre 1967 et 1989. L’idée de cette conceptrice d’avant-garde, inspirée par l’art de vivre à la japonaise et passionnée de montagne, était de proposer des appartements compacts, rationnels, tournés vers le paysage alpin, et permettant aux vacanciers de profiter pleinement des sports d’hiver.

Aujourd’hui, si certains bâtiments n’ont malheureusement pas échappé à la dégradation naturelle ou à des rénovations dans un style vernaculaire, la station semble avoir compris l’intérêt de préserver ce patrimoine du XXe siècle. Des opérations de restauration sont en cours, en phase avec l’impulsion pionnière donnée par la designer : modernité, design pour tous et bâti intégré aux reliefs pour laisser la priorité aux paysages.

La Grande Motte

Jean Balladur

Réalisation remarquable au plan architectural que cette ville de La Grande-Motte ! Construite entre 1960 et 1970 sur un terrain vierge, elle se caractérise par son homogénéité et ses beaux immeubles blancs, telles des pyramides tronquées et immaculées. C’est en 1962 que l’architecte français Jean Balladur est choisi par l’État pour concevoir, ex nihilo, cette station balnéaire. Ce qui n’est pas encore La Grande Motte deviendra l’œuvre de sa vie et le rêve de tout architecte : bâtir sur une page blanche, la cité idéale. Jean Balladur donne le meilleur de lui-même dans ce projet unique en France et en Europe. Il dote La Grande Motte d’une personnalité qui marque encore les esprits et ne laisse pas indifférent, créant, souvent, d’interminables polémiques. Sa « cité des pyramides » est aujourd’hui étudiée dans toutes les écoles d’architecture européennes.

 ©OTGrande Motte

Brasilia

En 1957, Lucio Costa, célèbre architecte et urbaniste brésilien, est chargé de réaliser le plan d’urbanisme de la nouvelle capitale administrative du Brésil, Brasilia. Oscar Niemeyer en édifiera les bâtiments publics majeurs, et sera considéré comme le père de cette cité futuriste, décrétée Patrimoine mondial de l’humanité en 1987 par l’Unesco. En forme d’avion aux ailes incurvées, Brasilia est ordonnée par deux axes perpendiculaires. Réponse du Président Juscelino Kubitschek à la guerre que se livrent alors les deux principales villes du pays, Rio et Sao Paulo, elle est inaugurée en avril 1960.

Édifié en 1 000 jours par des milliers d’ouvriers travaillant nuit et jour, ce cas inédit de ville moderne planifiée et construite d’une traite est pensé pour abriter 600 000 personnes. Toujours considérée comme l’un des événements majeurs de l’histoire de l’urbanisme, elle abrite aujourd’hui plus de 2,5 millions d’habitants.

×