Focus sur la Génération X

À QUOI RÊVE LA GÉNÉRATION X ?

GÉNÉRATION X

ON l’appelle la génération sacrifiée, bof ou tampon. Une génération qui a connu deux chocs pétroliers, la crise, le chômage, la chute du mur de Berlinet le sida, à la fois déconnectée des baby-boomers qui ont vécu le plein emploi des Trente Glorieuses et narguée parles Y, génération décomplexée née avecinternet qui ne croit pas à la carrière, mais fonctionne en mode projet, ne s’embarrasse pas de réussir à toutprix, mais revendique l’équilibre entrevie privée et vie professionnelle… La génération X est-elle sacrifiée pour autant ? Focus sur une tranche d’âge (39-53 ans) qui n’a pas dit son dernier mot.

Les X sont pris entre deux feux. « C’est un fait. On est coincés entre le plein emploi de nos parents et nos enfants nous projettent des idées qu’on adore ». Olivier Auroy*, directeur général de Kantar Consulting, spécialiste en marketing et auteur, s’est longuement penché sur cette génération qui est la sienne. « Économiquement, oui c’est compliqué. Nos parents vivent âgés. Il faut souvent s’en occuper et on hérite tard. On doit payer les études de nos enfants à un moment où l’on se pose de vraies ques-tions sur nos propres boulots », explique-t-il.Alors qu’on prend conscience de sa mort et que nos grands enfants quittent le nid familial, il n’est pas rare d’éprouver un profond besoin de renouvellement. Le X veut profiter avant qu’il ne soit trop tard. Le temps presse et il se dit: et si c’était le moment de vibrer intérieurement ? De changer radicalement de voie pro- fessionnelle. De quitter son conjoint pour mieux se sentir vivre. D’aspirer à plusieurs destinées. Les X abandonnent leur entreprise pour se lancer en free lance, adhèrent au slashing (cumulation de plu- sieurs jobs), multiplient les maîtres, ceux à qui ils réfèrent au boulot, mais aussi les maîtres spirituels et coaches en tousgenres. La crise des quarante est remplacée par celle des cinquante, car l’espérance de vie augmente. Cette crise de milieu de vie n’est plus assimilée à un acte de folie, mais à la possibilité de se redécouvrir et de s’épanouir. Preuve par les statistiques qu’il y a bien passage à l’acte: les plus de 50 ans sont aujourd’hui aussi nombreux à divorcer que les trentenaires. Ces bouleversements de vie professionnels et personnels peuvent entraîner des dommages collatéraux, mais les intéressés préfèrent les assumer que de renoncer à leur rêve de changement.

LE XENNIAL ENTRE DANS LA DEUXIÈME MOITIÉ DE SA VIE ET IL IMPLOSE

« Je sens un sursaut vital chez les X. En me-nant une enquête sur le succès, on s’est aperçuque ce qui motive les X et Y ne porte plus sur le pognon, mais sur la réussite d’un projet »,raconte le natif de 1969. Les idéaux actuelsleur vont d’ailleurs très bien. Comme les 25-35 ans, ils ont des impulsions assez fortes. Entre la montée du populisme, la fragilité de l’Europe, les barricades qui s’érigent, le monde actuel les affole.Les jeunes soulèvent des dossiers énormesde société à l’instar d’Emma Gonzalez, rescapée de la fusillade de son lycée enFloride, devenue le symbole de la lutte anti-armes à feu, et d’Asia Argento qui, dans un discours coup de poing lors du dernierFestival de Cannes, a dénoncé l’omerta du milieu du cinéma après l’affaire Weinstein.Et les X les soutiennent. Ils approuvent leurs révoltes et leurs envies de changer.

« Il n’y a pas d’opposition entre les X et les Y. Les X sont tiraillés, ils ont des questionnements, mais pas de ressenti- ment », affirme Olivier Auroy. On se rend compte qu’onretrouve chez les X bien des caractéristiques qui prennentleur essor chez le Y : la préoccupation pour une société plus durable et équitable, le refus de vieillir, le manque de fidélité et l’instabilité, le besoin de diversificationet de reconnaissance au travail amorcé par ceux qui ont vuleurs parents se vouer corps et âme à leur employeur sansobtenir de réels retours ni trouver de sens. Dans le mondedu travail, même le plus de 50 ans adhère aux nouvelles formes de management horizontalisé et comprend quele Y négocie un 4/5e, pas pour s’occuper des enfants le mer- credi, non. Pour s’investir dans une cause humanitaire oupratiquer une passion! Les X connaissent et entendentles références de leurs aînés les baby-boomers, mais ils sontaussi capables de les mettre en perspective pour les plus jeunes. Sans compter qu’ils ont en général mieux intégréles règles de civisme et les codes sociaux. En fait, les X fontle pont, le trait d’union entre les baby-boomers et les Y. Ils évoquent parfois avec nostalgie les libertés d’hier, celles de boire du Tang 100 % chimique sans éprouver de culpabilité, de fumer dans les boîtes de nuit, de pratiquer le camping sauvage ou de voyager libéré de sa ceinture de sécurité sur la banquette arrière. Mais ils savent aussique l’époque actuelle peut leur permettre de réaliser leursrêves les plus fous. Grands oubliés des cibles marketing ? Qu’importe! À leur âge, ils sont acquis et se sont déjàforgé leurs opinions. Trop vieux pour se laisser manipuler,trop jeunes pour se faire assister et se laisser dicter leur conduite. Alors en conclusion, bravo aux X. On ne l’a pas souvent dit et pourtant ils le méritent !

Par : Claire De Procé Blanchard

 

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